QUI SUIS-JE ?
Je ne veux plus dessiner - les formes sont déjà faites - Je les trouve dans les magazines, les catalogues de vente par correspondance - Elles sont déjà faites - Alors pourquoi j'essayerais de faire semblant de savoir dessiner - pour me faire valoir d'une capacité - d'une performance graphique sur laquelle chacun pourrait évaluer ma contenance humaine ? Je ne suis qu'un metteur en scène - et tous les espaces sont mes espaces - Les objets, les meubles, les décors, les acteurs sont dans les catalogues de vente par correspondance - Ils sont déjà là - tous neufs - disponibles - parfaits - Je suis un consommateur de forme - "formivore" - Je n'ai plus à chasser, à cueillir, car tout est là - ready made - ne reste qu'à mettre en scène ces fragments de fantasme - de tentation. En tournant les pages des catalogues je peux me choisir une vie, une identité, un look, un décor - Je découpe - Je décalque - Je scanne - j'agence - je suis le roi de ma scène - je suis le roi du Petit Prince :" je règne sur tout ça !". Est-ce que mes névroses se verront quand même ? Est-ce que, malgré ma non-capacité graphique, je vais apparaître dans la trame, par mes choix ? Est-ce que mon identité transparaîtra malgré la froideur de ces mannequins, ces acteurs-cintres ? restera-t-il encore de un peu de mon humanité dans l'image ? Aussi je me suis posé la question de la réalisation - J'ai voulu peindre - devenir peintre - mais peindre est un acte beaucoup trop expressionniste pour moi - on pourrait me lire dans mes coups de pinceaux comme dans une écriture - je ne veux pas de ça - Je veux rester dans la distance - dans cette impossibilité d'être mesurable par ma capacité graphique, technique - Alors j'ai opté pour l'impression numérique - Produire mes réalisations sans y toucher - L'impression jet d'encre du label "digigraphie" d'Epson répond à mes exigences. Après avoir décalqué les éléments de mon théâtre virtuel, je dépersonnalise le graphisme afin qu'il ne reste aucune trace de moi - Seuls le choix et la mise en scène peuvent me trahir. Le "no man's land" est le territoire de la bataille - le lieu des morts - l'espace entre deux ennemis - le lieu qui n'appartient à personne - c'est sans doute ce lieu là que je cherche à mettre en scène, un espace de non-humanité. Franck Godeau

2.2.08 04:05







