CONTE
Les chevaux d'Arabie
Les chevaux, il y en avait par centaines, sauvages – qui dévalaient les collines comme des poignées de billes. Je serais resté des heures à les regarder, des heures improductives, à ne goûter que le plaisir de voir ruisseler toute la sauvagerie de la beauté. Mais il n’y avait pas de chevaux. Il n’y en avait que dans ma pauvre tête.
Andy marchait par saccades. On eut dit l’un de ces premiers robots de métal qu’on offrait au regard émerveillé des enfants des années 50. Mais un cheval courrait dans sa tête. Un beau cheval d’Arabie, blanc et musculeux, avec un air terrible et puissant. Un cheval qui ne pouvait pas sortir, qui se cabrait – écumant – se ruant – moulinant des sabots comme un boxeur des années 50. Cinquante.
Il y avait cinquante vierges nues dans mon dernier rêve. Cinquante lycéennes de cinquante ans qui pleuraient sur le requiem de Mozart.
Andy – On ne sait pas où tu marches. Je veux dire que – lorsqu’on regarde tes pieds – ils ne vont pas dans la même direction que tes jambes. Est-ce que tu me comprends ? Et puis, ce cheval dans ta tête, faudrait l’en faire sortir. Il a besoin de dévaler des collines – c’est l’expansion de l’univers – tu comprends ? – le principe fondamental de toutes choses – toutes les choses en ce monde ont le droit de s’étendre indéfiniment, infiniment.
Alors Andy s’est étendu, et même allongé, il était animé de soubresauts qui donnaient l’impression qu’il marchait encore, sans qu’on sache dans quelle direction. Et c’était sans doute là que se trouvait sa réalité la plus grande : il ne pouvait pas être un petit soldat qui défile – il ne pouvait pas être un homme social – Il était sans doute animé de cette sauvage envie de courir librement. Alors Andy s’est allongé, c’était doux comme un matin de vacances. Le soleil tombait derrière des arbres de paillettes – des feuilles d’argent renvoyaient mille baisers de soleil presque orange. Il s’est allongé et il est parti avant la nuit, comme un beau cheval d’Arabie, blanc et musculeux, terrible et puissant. Il a ruisselé sur les pentes des collines comme un enfant qui rigole. Il a couru, couru comme un vent fou. Ses sabots décrochaient des mottes d’herbe et les lançaient haut dans le ciel. Son souffle était bruyant. Sa crinière frappait son corps tendu. Et derrière la colline il est descendu – descendu – rejoignant le soleil rouge.
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Conte de bois nu
C'est un corps - il est vidé de sa présence - Si les yeux étaient encore ouverts, on verrait la profondeur du vide - mais ce n'est qu'un corps - pas plus important qu'un édredon un peu lourd - sauf si on se dit que quelqu'un le pense - que quelqu'un continue de faire vivre son image - On l'entendrait rire - parler - il marcherait dans une ville - il regarderait encore une fille avec l'envie d'un vivant - Et puis ça s'éteindrait comme c'est venu - la nudité - on reviendrait à cette nudité là du corps - totale - macabre peut-être - il est là sur la table d'inox - je le regarde - je me demande ce que ça fait d'être là - A-t-il froid - s'il n'y avait pas l'interdit je prendrais sa place - nu sur le métal - sous les lumières qui ne sont pas "après la mort", mais pendant - dans l'instant de la suspension - Je voudrais savoir comme c'est d'attendre dans le rien - est-ce que le rien est froid - ennuyeux et interminable - C'est pas tant de se dire qu'il y a quelque chose après la mort - c'est plutôt là - c'est contenu dans la nudité - la nudité comme une chose incroyable - j'aime dire ce mot - incroyable - qu'on ne peut pas croire tellement c'est au delà de nous même - ce corps que l'on cache - que l'on offre en image - que l'on subit - dont on profite quand on a de la chance - naître nu - mourir nu - et on passerait la vie entière à se vêtir et dévêtir jusqu'au dernier moment sans jamais savoir - savoir - si on est nu aussi dans le noir - si on est nu dans la mort lointaine - dans l'espace infini - devant la vie - l'amour - l'horreur aussi - je crois que j'ai passer ma vie à me dénuder de moi même - à retirer un à un chaque morceau de mon âme comme une stripteaseuse de bazar - et qu'au bout de la nuit, dans mon costume d'arbre sans feuilles, je n'ai rien vu de moi que ce long squelette noir - des branches recouvertent de mousse - de l'écorce saillante et profonde par endroit - dans ma nudité - au moment même où il ne me restait plus qu'un string ridicule à retirer - j'ai su que je n'étais pas un homme - j'ai su que j'étais loin d'être un homme - j'étais un arbre - un arbrissaut tout maigre et pliant dans le vent - une branche verdasse en attente de racine - alors de ma tête de bois j'ai pensé - j'ai prié - parce que j'ai su qu'il me faudrait un jour devenir un homme.
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La lande et la lune
Dessin réalisé par mon fils Aloïs sur l'un de mes poèmes pour enfant : LA LANDE ET LA LUNE Au soleil de tous les matins, les cloches des églises sonnent, les bourdons bourdonnent, et les fourmis vont leur chemin. Au soleil de tous les midis, butinent les papillons jolis, grignottent des écureuils, et les chenilles dans les feuilles. Et puis la nuit tombée, la forêt s'endort, se réveille sous le bois mort une étrange nuée. Des lucioles font des guirlandes, pour ouvrir un drôle de bal, peuplé de toute la lande, joyeuse comme un carnaval.
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L'homme-cheval et la femme-gazelle
Un homme cheval marchait de toute sa crinière, fier et souriant, dans la rue principale, d'une ville petite, dans un pays lointain. C'est qu'il est des endroits où les hommes sont étranges, cheval pour certain, perroquet ou bien ange.. Celui-là arborait un corps de cheval, un torse d'homme, une chevelure longue de crin. Et il marchait, très droit, en direction d'une belle maison blanche. Les passants s'arrêtaient pour le voir passer. C'est qu'il avait belle allure et que beaucoup l'enviait... beaucoup de femmes en rêvaient. Il marchait, décidé, un doux mot à la main, allant se déclarer. Dans la belle maison blanche une femme-gazelle, ne se doutait de rien et jouait du piano. Dans toute la ville s'étendit la nouvelle, et bientôt.. une foule, comme une haie d'honneur emplit la longue rue.. La jeune femme-gazelle entendit les murmures et se pencha soudain au bord de sa fenêtre.. Elle vit qu'il était beau cet homme à la crinière, s'avancer vers son pas, un poème à la main, mais croyant qu'il avait fait venir tous ceux des villages voisins, lui dit : tu reviendras demain. Tu reviendras demain quand il n'y aura plus personne et que pour ton amour tu auras le secret, car quand un homme à une femme se donne, il ne doit pas se pavaner. L'homme cheval ne put jamais, ni de nuit, ni de jour, traverser la longue rue. Jamais il n'y eu personne, jamais il ne put.
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L'homme à tête de chien
Un homme à tête de chien vivait retiré au bord d'une grande forêt, dans une maison toute délabrée. Dans le village d'à côté, le soir dans la grande veillée, les enfants venaient se poser, près du feu. Le conteur, grande barbe blanche faisait de la fumée de sa grande pipe comme un calumet. Il attendait le silence et commençait de conter. Il parlait souvent de l'homme à la tête de chien. Il disait qu'il mangeait les enfants comme il mangeait les lapins. Une seule bouchée. Il disait que ses grandes dents luisaient, la nuit, au bord de la grande forêt. Les enfants tremblaient et les yeux écarquillés, écoutaient sans bruit le conteur. Le plus téméraire d'entre eux, voulu en savoir plus. Après la veillée il ne rentra pas de suite et parti vers la forêt. Quand il arriva près de la maison de l'homme à la tête de chien, il ne vit rien qu'une fenêtre allumée. Il s'approcha donc pour le voir de près. Mais l'homme à tête de chien avait beaucoup de flair et surpris le jeune garçon. - monsieur, monsieur, je ne veux pas être mangé.. L'homme-chien jappa de rire et lui répondit : - Pourquoi crois-tu que je vais te manger, tu n'es pas un gibier. Il ne faut pas croire toutes les histoires qu'on te raconte sur moi. Viens, entre chez-moi et buvons un chocolat. Il fait bien froid ce soir et tu devras rentrer avant que tes parents s'inquiètent. Le jeune garçon n'en revint pas, cet homme-chien n'avait pas l'air si méchant. Il le suivit des yeux. Il vit que la porte était rester grande ouverte. Alors il se décida, entra, vint s'asseoir. - Bois, lui dit l'homme à la tête de chien, ce chocolat te fera du bien. Et puis pose-moi la question qui te chagrine avant que je la devine. Le jeune garçon ne se fit pas prié : - pourquoi avez-vous une tête de chien ? Les yeux de l'homme chien devinrent tristes, il baissa la tête et dit : - C'est pas amour. Avant j'étais un chien des pieds à la tête. Et le soir à la fenêtre, de la veillée je vous regardais. Plusieurs fois j'ai voulu entrer et moi aussi raconter des histoires mais je ne savais qu'aboyer. A chaque fois le conteur m'a renvoyé. Alors j'ai couru dans la forêt, toute une nuit sans m'arrêter. Je voulais moi aussi conter, je voulais moi aussi que tous les yeux émerveillés me regardent. Et puis, fatigué, je me suis endormi au pied d'un grand chêne et quand je me suis réveillé je savais parler, j'avais des pieds, des mains, un corps humain... mais une tête de chien... Une larme coula sur sa joue de chien puis il releva la tête. Ce qu'il vit, il l'attendait depuis longtemps. Dans les yeux de l'enfant, des lumières étincelantes, un sourire, une bouche béante.. sans le savoir il s'était mis à conter.. L'enfant lui dit : - je reviendrai et vous me raconterez encore cette histoire dans les bois.. Il parait que depuis, près de la grande forêt, dans une maison toute délabrée, un conteur à tête de chien anime une veillée. Tous les enfants se serrent contre lui en buvant leur chocolat et c'est avec des yeux écarquillés qu'ils l'écoutent à chaque fois. Il parait aussi qu'un conteur du village voisin est tous les soirs à la fenêtre.. un jour il rentrera.. peut-être..
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L'homme-fourmi
Un Homme-fourmi voulu un jour découvrir le monde. C'est que dans son terrier il ne voyait rien d'autres, que tunnels et chambres. Travailler, travailler, du matin jusqu'au soir, transporter des denrées tous les jours dans le noir.. Ce n'était pas la vie dont il avait rêvé. Lui rêvait de montagnes, du vent dans les grands arbres, de la pluie en été. Alors il entreprit une nuit de s'évader. Il fit un balluchon, emporta quelques graines et puis se faufila à l'abris des antennes, des gardes de l'entrée des galeries principales. On ne se rend pas compte, ce qu'il faut de courage, pour quitter sa maison et partir sans bagages. Hardi, le coeur vaillant, c'est un Homme-Fourmi qui s'en va en chantant. Il croise les rivières, les traverse sur une coque de noix, il parcourt la terre et il en est le roi. Et puis revient un jour dans la douce maison tout paré de ce monde, prêt à tout raconter, mais on le chasse, on ne veut rien comprendre. Nul n'est prophète en son pays, vous avez du l'entendre. Quand on ouvre les yeux sur le vaste univers, on croit pouvoir ouvrir tous les yeux de la terre. Mais il n'en est rien, on ne voit bien que pour soi-même.
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La femme souris
Une femme-souris blanche grignotait son fromage, à l'abris d'un grenier, dans une vieille maison. Elle se sentait bien seule et manquait d'un compagnon. Elle avait beau chercher, il n'y avait qu'un poisson, seul dans son aquarium. De temps en temps le soir, quand tout le monde dormait, car la grande maison était bien habitée, elle descendait pour voir ce compagnon peu bavard. Elle lui faisait des signes, lui d'un coup de nageoire, répondait gentiment. Mais je vais être honnête, ce n'était pas de la grande conversation, ce n'est pas très loquace un poisson. Alors la jolie petite femme-souris blanche remonta au grenier, se dénicha un vieux maillot, fabriqua des lunettes de plongée et une paire de palme... Le lendemain matin, quand toute la famille, qui vivait sous ce toit, descendit pour manger.. ils furent tous étonnés.. il y avait un nouveau poisson dans l'aquarium.. avec un petit maillot de bain et des palmes.. Ils furent tellement séduit qu'ils lui firent une place dans la belle famille.. Comme quoi, quand on veut se faire des amis.. il ne faut jamais se laisser arrêter par un environnement étranger... Il parait que c'est comme ça que son nées les sirènes.. mais il ne faut pas croire tout ce que les Conteurs disent..
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Le conteur à tête de tortue
Un conteur à tête de tortue.. se cachait dans sa carapace pendant que d'autres, dans leur lit, se prélassent... Un conteur à tête de tortue marchait lentement comme s'il marchait dans l'espace.. C'est que pour lui tout était au ralenti.. ou qu'il n'avait pas de petite amie.. il faut avouer que ça motive.. d'un coup on avale sa salive et on brique sa p'tite maison, pour accueillir la jolie Ninon.. Un conteur à tête de tortue rêvait de faire le tour de la terre.. mais il lui faudrait un hélicoptère ou un vol charter.. Un conteur à tête de tortue c'est assez mal foutu.. transporter sa maison en bateau ou en avion.. c'est pas le plus pratique.. si vous connaissez une technique.. écrivez-lui des lettres sympathiques.. à l'adresse ci-dessous indiquée.. n'oubliez pas de signer.. Monsieur Tête de Tortue - Rue de la carapace - Paris.
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