ECRITURE

ENCHANTER LE MONDE, CE N'EST PAS ORDINAIRE...

Des rivières transparentes de lumière, il en dégringolait des montagnes comme des enfants sauvages et fous - on les entendait rire - embrasser chaque courbes minérales - traverser les chemins cabossés - éclabousser toute la flore étincelante, d'un vert gorgé de son nectar bienfaisant - je suis une forêt de cèdres - un réceptacle de chlorophylle - un bruissement sombre d'orage - la canopée offerte et foisonnante de vie - je suis un arbre - j'ai la peau d'un arbre - j'étends mes bras au delà de tous les possibles - ce que je touche est un ciel sans ombrages - profond - un océan qui ondule dans la sensualité d'une danse orientale - je suis un océan - tout me conduit - tout est relié - au bout à bout - sans aucune distance - immense - le confins - le début et la fin - le commencement du monde - l'épanchement vaniteux d'un envahissement sans contrainte - l'univers - je suis un astre - solaire - un soleil de mai et d'octobre - dans l'incandescence offerte et généreuse - pour la multitude - pour toi - pour d'autres - dans chaque lieux éteints - touchant de mes mains - caressant les cheveux - fermant avec douceur les yeux de ceux qui partent - va-t-en - reviens plus tard - il y aura des tables dressées pour des fêtes nocturnes - un mariage d'été - une robe blanche en dentelle de mon pays - tu reviendras - il ne sera jamais trop tard - je suis à toi - je suis en toi - tu es mon âme qui pétille - le coeur - le sang et son goût de métal - les paupières bleutées où je pose ma bouche - je suis un homme - à toi - épousé par le balancement de tes hanches - par cette danse opportune qui m'aimante à toi - amante - amie - femme d'un voyage originel - si belle - à la beauté insolente du vent des Amériques - invite-moi - tends moi encore cette main en calice - désaltère-moi - humecte mon corps usé par le désert - ma rivière - mon rêve - mon réveil - sur d'autres rives - je suis - maintenant je sais - je suis AVEC toi.
14.6.09 10:02


Sur le 40ème rugissant

Le soleil dort – absorbé par la grâce du couchant d’un soir – sur un glacis de sucre et d’orange alangui - agenouillé par dessus l’horizon géométrique – cette douceur – cet instant de parfum sans altération – l’étourdissement du vent dans la pluie incertaine – mon corps entier qui marche sans résonance – la mesure exacte du silence à propos – des jambes – des yeux – des mains – un ensemble assemblé sans jointure – le tout en un seul et même mouvement directif – marcher – saisir – aller plus loin que la nature – trouver le balancement pendulaire – de l’air – respirer chaque pas comme une délivrance – de l’air – encore de l’air – que ma cage devienne la caverne des vents – de tous les alizés, mistral et vent d’autan – qu’il souffle – bougie après bougie les quelques maigres années – qui me séparent de m’être retrouvé.

2.8.07 23:27


21 juin

Entre les colonnes de Buren - nous avons dansé comme des fous - hurlant - gesticulant - à genoux - ondulant dans des chaines humaines - chantant à tue tête - se regardant - se jetant des oeillades - séduisantes - amusantes enfilades - cavalcades - galopant comme des chevaux sauvages - sautant par tous côtés - presque à s'embrasser - s'enlacer - s'élancer au milieu d'une ronde - ça ressemblait à rien - si ce n'est à ce monde - un lieu d'enfants sans colère - la joie retrouvée d'un instant volé - une estrade avec vue sur la mer.

 

2.8.07 23:27


Au salon de la poésie

Au salon de la poésie j'ai vue des cataplasmes fougères, du mot à mot, des pots pourris et de la rime en fumigène - j'ai vu des poètes mal fagottés - des milords enchainés par la langue à gousset - des femmes putréfiées par le vers allongé - Au salon de la poésie - j'ai feuilleté de la crème en pavé - grignotté de la reliure sans marbre - et bu les paroles ennivrées d'un andalou dans son vacarme - puis usé par tant d'enluminures, je me suis assis sur un banc - regardant la déconfiture d'un chanteur déjà dans le vent.

 

2.8.07 23:27


Les voisins

Ecoute-les, on dirait des chiens qui gueulent - savent pas parler ces gens là - on dirait qu'ils savent que faire du bruit - qu'ils sont sourds à force de pas s'entendre - de pas s'écouter - je vis dans un chenil - jusqu'à trois heures du matin ils écoutent la télé comme un tube de techno - dorment jamais ces gens là - savent plus le faire parce qu'ils rêvent pas - ils calculent le prix des autres - comment on les achète et comment on les vend - ont pas le temps de faire la gratuité - l'amour - tout ça c'est pas rentable - sont des chiens je vous dis - des cabots avec les babines retroussées et la bave qui coule - faudrait leurs mettre des muselières - mais ça suffirait pas - sont des chiens je vous dis - c'est une meute d'avant la venue de l'homme sur la terre - des préhistoriques dans toute la mesure - finissent par te rendre violent - et puis t'as des envies de meurtre qui montent - et là tu deviens comme eux - un chien - tu montres les dents tellement ils t'épuisent du bruit qu'ils font - on dirait qu'ils vivent à trente là dedans mais sont que deux ou trois pas plus.

 

2.8.07 23:26


La ville rouge

Derrière le noir de l'océan, il y avait une ville rouge avec un pont d'acier - des hommes sans visage se baignaient - l'océan faisait des rouleaux magnifiques - le ciel était d'un blanc comme la levure chimique - Ce n'était qu'une ville rouge avec un pont d'acier, derrière une autre et une autre ville plantée dans la campagne bleue - c'était un jour soleilleux - quelques nuages noirs glissaient comme des limaces - au fond du décor, une tour immence brillait de milles feux. Je me suis demandé qui pouvait bien vivre derrière toutes ces fenêtres - au delà de ce noir océan - j'ai cherché les enfants - je n'en ai pas vu - juste un long pont d'acier en forme thoracique, qui étendait ses bras d'argent juste au dessus des rues

 

2.8.07 23:26


Une incroyable solitude

Il y a des bateaux comme des villes entières - j'entends par ma fenêtre leur plainte mélancolique - Et si tu traînes seule dans ces rues symétriques, c'est sans doute qu'on ne se parle pas - Tu vois, je ne suis pas de bois - Je crois encore à l'amour - aux étoiles - au chant bleuté des ardoises - à la mélopée languissante des ports - mais je traîne encore et encore - c'est un abîme - je le sais - il est bien plus profond que la mort - mais je ne sais plus m'en défaire - me défaire - de toutes ces années d'une incroyable solitude - j'ai sans doute espéré sans les larmes - pris des embarcations sans écoper la cale - je me sens pas droit - tombant parfois - J'entends toujours des cargots sur la mer - des deltas d'oiseaux en pagaille - C'est une incroyable solitude qui m'accompagne.

 

2.8.07 23:25


J'ai vu

J'ai vu - quand mes yeux se sont ouverts tout à fait - une chambre tapissée - des bouquets de fleurs pour les abeilles - un vase transparent d'eau légère - des tapis soyeux pas ordinaires - j'ai senti le calme posé sur chacun de mes bras - le délice ajouré des jalousies de bois - j'ai vu - j'ai su - j'ai su que c'était ça - l'idée du bonheur - la vision dans la chair.

 

2.8.07 23:25


Le silence de la vierge noire

Comment pourrait-on se penser – se sentir de l’intérieur – des camions passent à tout heure – le sol vibre des métros infatigables – les murs sont épais comme du cartilage – je voudrais le silence – je le prie pareil à une vierge noire – que ces bruits cessent pour ce temps nécessaire – pour cette nécessité de cécité – comment peut-on se sentir – être – se penser autrement que dans ce vacarme dévorant – mes yeux sont pareil à tous ces écrans – je suis rempli par les images d’un monde qui n’existe pas – j’en ai des yeux – des oreilles et des bras – plus qu’il n’en faut – plus qu’il me faut pour implorer le silence – qu’on se taise à la fin – qu’on me laisse en paix – et que je pose enfin ma tête contre le vide – que s’expanse la doucereuse démence de l’absence – je suis là – au creux de ce rien – libre de me penser – de me saisir tout à fait – dans le silence et le vide j’apparais.

 

 

2.8.07 23:23


ça ne sert à rien

Ça ne sert à rien – d’écrire – de passer l’instant d’une poésie – on ne peut pas le saisir – sans prise – rapide – l’enduit fait la surprise -  A quoi ça pourrait bien servir de se dire – de se taire – de racler de la terre - avec les doigts – avec les mains – de parler de la fraîcheur du matin – de te tenir dans mes bras de branche – de caresser tes subtiles hanches – de parler plus fort pour les sourds – de te faire l’amour – ça ne sert à rien – c’est pas utile – ça me donne pas de style – ça n’invente pas – ça s’évente et puis voilà – c’est plus là – a plus – parti – fugace – même pas une trace sous les godasses – c’est poétique – vain à se saouler cent fois – à rouler sous des tables de fêtes – à se dire les mots de la défaite – parfaite – idiote et rance – la poésie du dimanche – le missel en bandouillère – Duchamp Marcel et Baudelaire – De l’air ! De l’air ! – j’étouffe ici – ouvrez les fenêtres à la poésie – faites moi un prix – oubliez les lauriers, les grimoires, les diplômes pompeux dans les armoires – et venez vous asseoir autour du feu – venez vous brûler aux lèvres buissonnières – personne ne sait à quoi ça sert – c’est juste de la poésie.
2.8.07 23:23


Conte du vent fou

Je regarde le vent dans les arbres - Invisible - qui révèle sa forme au milieu des feuillages denses et danse - C'est comme un esprit ancien de la terre - un enfant qui joue dans mes cheveux - et quand je serai vieux - plein de barbe drue, de piquante aubépine - il sera là, encore, à narguer les glycines, les roses trémières presque fades et me caressera le visage - pour me rappeler qu'à jamais dans mon âme - j'ai cherché chaque jour à me défaire un peu - de tout ce qui, en moi, était envieux - et de me faire léger et fou comme un orage.

 

2.8.07 23:21


Dormir

S'il ne restait que le sommeil - le sommeil pour trouver la paix - le sommeil quand plus rien ne vient - quand plus rien ne va - et le souffle chaud de ma mère qui veille sur moi - s'il suffisait de repartir là bas - dans la douceur éphémère de ses bras - n'être qu'un enfant - ne pas grandir - ne pas vieillir - fermer les yeux - dormir - S'il ne restait que le sommeil pour supporter l'ici bas - les trains qui raclent le fer - les femmes qui craquent leurs bas - les poumons et les artères - la douleur de ne se savoir pas - S'il ne restait que le sommeil - fermer les yeux et ça va bien - ne plus entendre crier les chiens - ne plus penser - ne plus sentir - dormir - dormir - dormir...

 

2.8.07 23:20


Amie

Peut-être que ça n'existe pas - qu'on est des fous - pris dans une douce mélancolie partagée - et qu'on ne se demande rien - qu'on est pas redevable - comme tous ceux qui courent dehors après les lumières du désir - parce que la vie est juste là - dans les mots - dans cet échange numérique - la peau - le parfum de la peau - le goût de la bouche - la nudité même - derrière un écran de lumière - A se dire qu'on est peut-être beau - qu'il se pourrait qu'un jour on soit aimé - et qu'il n'est sans doute pas loin celui qui te dira que ta robe est belle - légère comme toi - que ta peau parfumée de pivoine fait un clin d'oeil au soleil - Et qu'être nu n'est que la plus grande liberté qu'on se doit - douce présence familière - mélancolie partagée pour un soir - amie.

 

2.8.07 23:20


La mènagerie sauvage

Je te dirai ce que j'ai vu - mais tu ne me croiras pas - la pluie qui tombe sur le zinc des toits et fait des peaux de poissons - des nuées de touristes multicolores qui prennent en photo leur ignorance - la marée des sou lards montant sous la lune rousse - des femmes longues et bleues dansant nues dans la nuit - Tu ne croirais pas de le voir - la ménagerie sauvage qui déambule sous les fenêtres ouvertes - les néons verts glacés comme des cantiques anciens - Tu ne le croirais pas - que le monde est terrible - étouffé dans les draps - couché - blafard - livide - J'ai marché doucement - j'ai voulu rien entendre - juste voir à fermer les yeux - crier - hurler peut-être - faire cesser le ruissellement du monde - mais ça grouillait de partout - un nuage mulâtre - une masse de sauterelles affamées de désir - aveuglée par l'absinthe fluorescente des enseignes - J'ai attendu le jour comme une suite possible - une délivrance à jamais inutile.

 

2.8.07 23:19


Le corps

Je sens cet espace, tous ces espaces – en une seule fois – dans une entièreté – le bruit devenu corps – l’odeur restante de la chaleur du jour – les halos de lumières qui s’embrassent – se répondent – d’un bout à un autre bout – des masses calcaires de Haussmann - galaxies de briques et de porches ancrés – des saignées brûlantes aux étendues des vents solaires – jusqu’au néant des trous noirs magnifiques – Et dedans tous ces espaces, sans doute perdu d’être si petit – contenu au-delà de ma propre infinité – je ne peux que voir – sentir – savoir pour moi seul – comme on voudrait contenir ce gigantesque univers – ne pas le dire – ne pas pouvoir le dire – sachant qu’il reste quelque part, toujours, une douleur suffisante, pour amenuiser la totale perception de soi.

 

2.8.07 23:19


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